Si une solide formation initiale constitue le socle qui sécurise les pratiques d’un accompagnant, elle n’est toutefois pas suffisante pour garantir cette sécurité dans la durée. En outre, les chartes déontologiques prévoient une obligation de supervision, tant pour les coachs que pour les médiateurs.
C'est la raison pour laquelle il n'est pas envisageable d'accompagner en sécurité sans supervision régulière de sa pratique.
La vie d’un accompagnant ne peut pas être un long fleuve tranquille. Il y aura nécessairement des difficultés à surmonter. Elles peuvent être de plusieurs ordres.
Tout d’abord, la limite de compétence : je ne sais pas quoi faire dans cette situation que m’amène un client.
Ensuite, la résonance : le sujet qu’amène le client est également une difficulté pour moi et résonne si fort que mes émotions, mes propres peurs, peut-être, m’empêchent de rester clairvoyant et serein. Je ne suis donc pas en mesure d’être pleinement à son service.
Et enfin, il y a un certain nombre de situations dans lesquelles le praticien sent bien son impuissance, sa difficulté, son malaise parfois, mais sans en identifier l’origine.
Toutes ces situations, et d’autres, expliquent l’obligation de supervision à laquelle sont soumis les coachs et les médiateurs.
En médiation, la supervision concerne essentiellement deux types de problématiques. D’un côté, la compétence technique. Elle est souvent en lien avec la rhétorique, plus rarement avec le processus. D’un autre côté, l’impartialité.
Sur la dimension de la compétence technique, en médiation professionnelle, le processus est tellement précis que tous les médiateurs le connaissent par cœur et en dévient très peu. Les difficultés d’intervention sont donc plutôt d’ordre rhétorique.
Par exemple, « le client m’a dit « X » et je n’ai pas su quoi lui répondre ». Ou alors « ma réponse n’a pas été suffisamment aidante/impactante pour permettre une prise de conscience ». Mon rôle consiste alors à faire réfléchir ma consœur ou mon confrère aux autres options qui s’offrent à lui ou elle dans cette situation, aux autres procédés rhétoriques que ceux qu’il a utilisés, aux autres approches, confrontations possibles. Je peux parfois être amené à suggérer certaines pistes également et à partager mon expérience en situations similaires.
Le sujet de l’impartialité s’invite quand un médiateur est impacté personnellement et/ou émotionnellement par la situation dans laquelle il intervient. Ca peut être le cas quand une situation vient percuter l’expérience de vie du médiateur ou bien ses valeurs. Par exemple, une situation qui inclut de la violence physique ou psychologique, une situation de harcèlement… Mais la liste n’est pas limitative, chacun ayant une histoire de vie qui peut croiser son miroir dans le cadre d’une médiation.
Dans un premier temps, il va s’agir pour moi de permettre au médiateur de prendre conscience qu’il n’est plus impartial (souvent, il se sent simplement « en difficulté » dans une situation). Ensuite, nous allons effectuer un travail de clarification de sa propre situation afin qu’il puisse prendre la décision de poursuivre son travail, si les conditions sont à nouveau réunies, ou bien de passer la main à un autre médiateur.
D’autres situations peuvent également se présenter en supervision de médiateur : difficulté de processus dans des situations complexes (plusieurs médiations croisées, médiations collectives…), …
Si la supervision est une pratique indispensable en médiation, elle est obligatoire en coaching. Toutes les chartes déontologiques prévoient qu’un coach se ménage des espaces afin de réfléchir sur sa pratique, de déposer ses difficultés et de dépasser les limites qu’il peut rencontrer dans ses accompagnements. La supervision en coaching fait partie de l’hygiène du praticien. Elle lui permet de nettoyer ses lunettes, de vider son sac, de remonter son niveau d’énergie, d’augmenter sa confiance en lui, de dédramatiser les situations…
Les raisons pour lesquelles la supervision est obligatoire sont donc multiples. Il y a plusieurs façons d’aborder une situation par le superviseur. C’est une pratique qui a de multiples facettes, non exclusives les unes des autres. Dans ma pratique de supervision, je peux être en posture de coach, mais pas forcément. Je peux aussi être en posture de conseil, de formateur… Parfois faire le simple miroir. J’ai souvent besoin de comprendre ce qui se passe, ce qui se « joue » entre un coach et son client qui fait que l’accompagnement devient difficile ou inopérant à un moment.
Pour ne donner que deux exemples, il arrive qu’un coach se fasse « recruter » par le problème du client. Il quitte alors inconsciemment sa neutralité et/ou son impartialité pour se positionner au côté de son client pour combattre un problème qui gène autant l’un que l’autre. Il s’agit alors de l’aider à prendre conscience du phénomène puis à retrouver une tranquille et aidante posture de coach. Autre situation classique : les difficultés relationnelles d’un client s’invitent en séance entre le coach et lui. Si le coach ne le perçoit pas, il peut se sentir mis en difficulté par ce qui se passe. Là encore, il s’agit de faire prendre conscience de l’émergence de ce « reflet systémique » puis de trouver une stratégie d’intervention. Si un client parle trop en réunion au point de monopoliser la parole et de bloquer l’avancement de ces réunions, il est probable qu’il va faire exactement la même chose en séance de coaching, avec le même résultat. Prendre conscience de ce problème et trouver les mots pour aider le client à en prendre conscience pour pouvoir changer son comportement n’est pas toujours simple. C’est le rôle du superviseur d’intervenir sur ces deux sujets… entre autres !
J’anime des supervisions individuelles (des séances de travail avec un seul coach) ou collectives (des groupes de coachs qui se réunissent régulièrement)
Dernier point important :
le fait d’être superviseur ne me dispense aucunement d’être moi-même supervisé. Je peux aussi avoir des angles morts dans ma pratique.